Lila @_xxelles_69 : où comment l’oversize devient une force.

Lila @_xxelles_69

-A Woman- vous présente Lila @_xxelles_69, 52 ans, pleine de vie, de chaleur et d’engouement. Assumée et en osmose avec elle-même.

A première vue, on sent qu’elle a su, avec les années, et ses expériences, surpasser la standardisation, à savoir, faire fi du regard des autres, et transformer son corps en un atout, avec style.

Lila, on la sent assumée. Être grosse, pour elle, n’est pas une honte, mais une plénitude.

Interview d’une Femme Forte, bourrée d’humanisme et ça fait du bien.

Présentation de Lila @_xxelles_69

A Woman (AW) : Bonjour Lila, merci beaucoup pour cette interview accordée au Mag’, le webzine dédié à l’univers de la grande taille. Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Lila @_xxelles_69 (LI) : Je suis Lila, j’ai 52 ans. Je suis en couple depuis 23 ans. J’ai 2 enfants (9 et 12 ans) et j’ai quitté Paris, mon « Ménilmuche » (argot : quartier de Ménilmontant ndlr), pour rejoindre mon conjoint à Lyon, il y a 18 ans.

AW : Quelle enfance as-tu eu ?

Lila @_xxelles_69 : J’ai eu une enfance heureuse. En effet, j’ai grandi dans une famille modeste où la pudeur des mots et des sentiments était de mise, certes, mais où j’ai baigné dans la plus totale bienveillance. J’étais une petite grosse, déjà, sans histoire, et appréciée de tous·tes.

« J’ai grandi avec la « grossitude » comme repère, comme normalité. »

AW : L’adolescence est une période charnière pour devenir une jeune Femme. Comment s’est déroulée la tienne ?

Lila @_xxelles_69  : Au sortir de la maternité, les soignantes avaient déjà conseillé à ma mère de bien suivre ma courbe de poids. J’ai grandi avec la « grossitude » comme repère, comme normalité. De plus, chez moi, l’hérédité avait bien fait son œuvre. Nous étions tous plutôt gros, bien portants, en surpoids. Cela ne me gênait pas. Je ne me sentais pas différente des autres enfants. J’avais et j’ai toujours ce côté jovial qui facilite grandement les relations sociales.

©MarieClaire

C’est au collège que j’ai eu un électrochoc. Ma mère soucieuse de ma santé et de mon bien-être m’a proposé un jour de me mettre au régime, j’avais 14/15ans. Il s’agissait simplement de rééquilibrer mon alimentation : exit le couscous et bienvenue les haricots vert (j’avoue que depuis j’ai du mal à les voir en peinture) ! Je devais arrêter le grignotage, remplacer le pain par des biscottes sans sel, etc. À première vue, cela n’était pas très compliqué et semblait tout à fait à ma portée. Après quelques mois seulement, les résultats étaient au rendez-vous. De 90 kilos, j’étais passée à 70 kilos et ma côte de popularité au collège était grandissante !

J’ai trouvé cela très choquant que plus mes kilos s’envolaient et plus je gagnais en amitiés. Mais finalement, sur quoi ces amitiés étaient-elles fondées ? Sur des apparences ? De l’hypocrisie ? Des choses qui me semblaient si futiles ! Et qu’en était-il de l’amitié ? La vraie ? De la solidarité, de la sororité ? Et les garçons, absents jusque-là pointaient le bout de leur nez ! J’ai fini l’année auprès de mes amis, les vrais, ceux qui n’avaient jamais eu peur ou honte de côtoyer une grosse. Les autres ne m’importaient peu.

« J’allais reprendre tous ces kilos perdus, avec une seule idée en tête : qui m’aime me suive. »

Quelques semaines plus tard, nous partions en vacances, en famille, en Algérie. Pour beaucoup c’est un moment d’insouciance. Moi j’avais le cerveau en ébullition. Je me posais mille et une questions sur le sens de la vie. Et c’était décidé, j’allais reprendre tous ces kilos perdus, avec une seule idée en tête : « qui m’aime me suive ». J’avais compris que l’amour ne s’achetait pas avec un corps plus mince, plus « parfait » ou standardisé mais en étant vraie. Et mon corps gros c’était ma vérité.

AW : Quel était ton rêve d’enfant ? L’as-tu atteint ou abandonné ?

Lila @_xxelles_69  : Enfant, je rêvais d’être chanteuse, ou actrice, un métier en relation avec le show. Combien de fois dans ma chambre j’ai donné des concerts à guichets fermés devant mon parterre de posters épinglés au mur ! Je chantais, je dansais, j’étais aux anges et mon public n’avait d’yeux que pour moi.

AW : Professionnellement, tu t’occupes de jeunes enfants en situation d’handicap. Qu’est ce qui t’a emmené vers ce choix de carrière ? Peux-tu nous en dire plus ?

Lila @_xxelles_69 : Je suis accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH) depuis 13 ans. Je travaille en maternelle, la seule du Rhône ! Avec de jeunes enfants (entre 3 et 7 ans) présentant un spectre autistique. Je ne suis pas individualisée, je travaille avec tous·tes les élèves de la classe.

Mon travail consiste à faciliter l’inclusion scolaire et l’autonomie des enfants. Je suis présente sur des activités d’apprentissage adaptées, la vie sociale, dans les actes de la vie quotidienne comme sur les temps de prise de repas.

C’est un métier passionnant, enrichissant où on découvre qu’il y a autant de forme d’autisme que d’enfants ! Et où chacun avance à son rythme, avec ses spécificités, dans un dispositif spécifique rassurant.

Le revers de la médaille ? C’est un métier qui m’expose souvent (du faits des troubles du comportement associés à l’autisme) à des situations de crises, aux accidents (j’ai toujours mal au dos), aux violences verbales ou physiques.

De plus, c’est un métier peu valorisé  financièrement parlant, un métier qui précarise. Pour moi, il relève vraiment du sacerdoce.

AW : Quelles sont tes passions ?

Lila @_xxelles_69 : J’ai de nombreuses passions, tellement !

En vrac, J’aime la musique, chanter, danser. J’aime la photographie. J’aime me transformer pour jouer les modèles photo. J’aime la mer, c’est mon élément, là où je me sens apaisée et où je recharge mes batteries. J’aime les gens, aller au resto avec des amis. J’aime customiser des vêtements, j’aime les vêtements, j’aime la mode, le stylisme. J’aime cuisiner, recevoir, les jeux de société, les films d’horreur, les fruits de passion et la pastèque, m’occuper de mes plantes vertes, j’aime aimer. J’aime la vie !

«J’aime l’éclectisme oui ! Dans les sons, dans la vie, et chez les gens !»

AW : Tes goûts musicaux sont assez éclectiques. Quels sont les artistes ou groupes qui te touchent ?

Lila @_xxelles_69  : La musique c’est la vie. Je ne conçois pas un monde sans musique. La musique pour moi c’est l’émotion à l’état brut. Elle me fait vibrer, elle m’accompagne dans tous les moments de ma vie. J’écoute vraiment de tout, je ne me mets jamais de barrières. J’aime découvrir, j’aime expérimenter, et je me laisse porter par les vibrations. La musique est aussi un joli moyen de faire passer des messages.

Dans ma playlist, on trouve aussi bien System of a Down, Slimane que de la musique des années 80 UK et US. AARON, MC Solaar, Iamx, Hatik, Skunk Anansie, Nirvana, Kate Von D, Kalika, @MataWangala, Tamino, Gotyé, Yseult. Tellement de sons ! J’aime l’éclectisme oui ! Dans les sons, dans la vie, et chez les gens !

AW : Tu déclares avoir chanté dans un groupe de Gospel. Pendant combien de temps ?

Lila @_xxelles_69 : J’ai commencé à chanter dans un petit chœur dirigé par Abel Maxwell en 2004 quand je suis arrivée à Lyon. Quelques années plus tard, j’ai intégré le chœur de « l’Exigente » mais néanmoins bienveillante « Sabine Kouli » @MATOMSWE sur Instagram, où j’ai participé à plusieurs MassChoir.

J’ai arrêté, avec regret, le chant à l’arrivée de mon 2ème enfant.

J’ai aimé, au-delà de la dimension religieuse et spirituelle, pourvoir me réunir lors d’un temps convivial, avec un kaléidoscope de personnes qui s’acceptent naturellement et qui partagent des valeurs humanistes. Qui construisent ensemble des moments de joie ou de recueillement d’une même voix ; des moments qui dégoulinent d’Amour avec un grand A, celui qui unis les hommes, qui les fait communier, ensemble. Qu’est-ce que ça fait du bien de chanter (physiquement et humainement parlant) !

Lila-@_xxelles_69

Lila @_xxelles_69 : Réseaux sociaux & acceptation de soi : « XXelles »

A Woman (AW) : Depuis combien de temps t’es tu lancée sur les réseaux sociaux et pourquoi ?

Lila @_xxelles_69 (LI) : J’ai commencé à me lancer sur les réseaux sociaux via Facebook en 2013 à peu près. J’avais envie de développer une visibilité plus importante pour le collectif lyonnais « XXelles, un point c’est tout ! » et qui restait trop confidentiel même après 10 ans d’existence sur le web. Il était composé d’une quarantaine de membres dont un noyau dur et fidèle d’une dizaine de personnes. Facebook m’a permis de communiquer à plus grande échelle sur nos activités et nos sorties et de fédérer notre communauté.

C’est aussi sur Facebook que j’ai lancé pour la première fois en 2015 « le look du jour ». Cette fois, c’est moi qui me mettais en scène, en solo, pour proposer au travers d’une série de 4 à 5 photos, des idées de tenues, de look du jour. 3 ans plus tard, j’avoisinais déjà les 4 500 photos avec des looks divers et variés, visibles sur mon premier compte instagram @xxlunpointcesttout. Aujourd’hui,  je ne compte plus les photos et les looks réalisés ! J’ai changé de compte : je me suis vu changer, évoluer, m’affirmer de plus en plus. Je ne mets pas systématiquement toutes les photos où vidéos en ligne. Je sélectionne, je recadre, je retouche la lumière (jamais le corps !) pour que les  photos soient le plus percutantes possible.

AW : Tu cites, sur l’une de tes stories à la Une :

« Au travers du vêtement je souhaite vulgariser et donner de la visibilité aux corps gros. Proposer de nouvelles croyances, loin des clichés sociaux, de la grossophobie ambiante. »

Pourquoi le choix du vêtement pour défendre cette cause ?

LI : Nu, le corps des gros est nié et disparaît souvent dans l’anonymat le plus total. La société ne veut pas de cette chair abondante dégoulinante de graisse,  de ces capitons de cellulite omniprésents. Quand on voit des femmes grosses et nues, c’est souvent dans l’art (la photographie, peinture, sculpture) le burlesque, ou le charme, et puis il y a les rebelles. Je suis ravie de constater que la marque TYPOLOGY – (www.typology.com et sur insta @typologyparis ) me fait mentir et qu’elle a utilisé un corps de femme grosse pour sa dernière campagne. Et cette visibilité fait du bien ! Je me dis que tout n’est pas perdu ! La diversité c’est la vie !

Bref, revenons-en au vêtement ! Le vêtement c’est ce qui est au plus près de mon corps, c’est ce qui en dessine les contours ; c’est ce qui le matérialise en quelque sorte. C’est ce qui me fait exister aux yeux de la société ; car s’habiller ça fait partie des codes. Et pourtant même avec le vêtement, il faudrait que je me range dans une case, choisir un style bien défini pour qu’on comprenne qui je suis. J’avoue que j’ai beaucoup de mal avec cela. Au diable les codes ! 

Le vêtement est pour moi un moyen d’expression au même titre que l’écriture ou la photo. J’ai envie de surfer sur la vague des styles, en mélangeant les références vestimentaires. J’ai envie de vêtements « plaisir », qui me donnent de la visibilité partout où je vais ; des vêtements qui me mettent en valeur, ou pas d’ailleurs, mais qui me font me démarquer des autres à coup sûr. Et c’est bien d’être regardée, je ne ramène pas toujours cela a mon corps gros mais plutôt à mon style « multipass » qui ne laisse jamais les gens indifférents. Créer de l’émotion, c’est la vie !

AW : Instagram est pour toi le meilleur vecteur pour porter ta voix ? As-tu d’autres supports ?

Lila @_xxelles_69  : Pour l’instant, Instagram est la plateforme qui me correspond le mieux. J’ai tenté, il y a quelques mois, de créer un compte TikTok mais je ne m’y suis pas retrouvée du tout. Tiktok c’est trop spontané pour moi qui ai souvent besoin de réfléchir à donner du sens a mes contenus. J’ai besoin de temps pour mener des projets à bien, et sur TikTok, tout va beaucoup trop vite ! Et non pas d’autres supports.

AW : De qui est composée ta communauté ?

LI : A l’heure actuelle, j’ai environ 280 personnes qui me suivent. Ça parait peu dit comme cela dans l’univers des réseaux sociaux, mais j’ai toujours pensé que la qualité devait primer sur la quantité. Sur mon profil, je n’ai gardé que des personnes avec lesquelles j’ai déjà interagit personnellement et positivement. D’ailleurs j’ai parlé de personnes et non d’abonnés. La plupart sont des amis ou des connaissances de longue date ; d’autres arrivent du milieu « bodypositive ». Il y a aussi des photographes, parce que j’aimerais beaucoup diffuser mon travail le plus largement possible. Des collègues de travail et reste quelques curieux, ou des FA (Fat Admirer) comme on disait à l’époque.

AW : Es tu souvent sollicitée sur Instagram ? Si oui, que te propose-t-on ?

LI : Alors j’ai souvent des messages pour des collaborations publicitaires, pour des e-boutiques, mais je ne sais pas vraiment si c’est sérieux. Des « dickpics » aussi ! Donc pas mal d’hommes que je bloque au premier message. Je n’ai pas besoin qu’on vienne me dire que je suis extraordinaire, incroyablement sexy, ou qu’on vienne me valider.  Je connais ma valeur !

AW : Combien de temps par jour consacres-tu à cette activité (Prise de photo, posts, stories…) ?

LI : Je ne passe pas tout mon temps sur Insta ! Habituellement, je poste un message pour saluer mon petit  monde le matin quand je pars travailler. Je prends ensuite une grosse demi-heure pour shooter le midi, et le soir, pendant mon trajet retour. Je fais les sélections, les retouches et je mets en ligne. Il peut aussi m’arriver de ne pas être satisfaite de mon look du jour.  Auquel cas j’improvise une petite séance photo sur le trajet ou le soir, en rentrant chez moi.

AW : Les « looks du jeudi ». D’où te vient cette idée ? Une façon de mettre en avant la beauté des personnes en surpoids ?

LI : Tous les jours je poste des looks qui me plaisent avec les pièces de ma garde-robe que je mixe et remixe à volonté. Mais comme j’ai toujours fonctionné de façon participative, (même au sein du collectif « XXelles, un point c’est tout ! ») je souhaitais proposer un temps de convivialité autour du look sur ma page Instagram. C’est comme cela que le  #LOOKDUJEUDI est né. C’est une façon de donner la « parole », (car le vêtement est une façon de s’exprimer ou de faire passer des messages) aux personnes qui me suivent, en les mettant en avant, sous les feux des projecteurs, même si parfois elles sont plus a l’aise dans l’ombre. Je veux leur donner de la visibilité !

C’est aussi l’occasion de mettre des visages sur des pseudos. En effet, ils sont quelques dizaines à me suivre et à commenter et c’est vrai que c’est agréable de savoir à qui on parle. Ce sont des personnalités très attachantes, réservées souvent mais qui ont tellement à dire si on les écoute vraiment. Le jeudi, c’est leur journée sur @_xxelles_69 ! Et surtout on vient comme on veut, on vient comme on est. Le jeudi, avec le #LOOKDUJEUDI c’est visibilité et partage de comptes.

AW : Quels sont les retours globalement que l’on te fait ?

LI: Voilà quelques retours qui m’ont beaucoup touché dernièrement :

  • « C’est normal que j’aimerais un tirage grand format de la plupart de tes photos pour chez moi ? Le feu, as usual ! »
  • « Tu es une belle personne et suivre régulièrement quelqu’un comme toi me permet d’aller de l’avant et de voir le verre toujours à moitié plein… Que du love. »
  • « Tu es belle et inspirante, tu es ce qui ressemble le plus à l’amour de soi et des autres. Tu élèves l’autre sans jamais le juger. Tu te dépasses  et tu es pour moi la personne ici qui représente le mieux le bodypositive. Je t’embrasse ma reine, merci d’être dans ma vie. »
  • « Tu déchires ma Lila !!! »

AW : « Haters » ? Y es-tu confrontée ? Cela t’affecte-t-il et comment les gères-tu ?

LI : Pour le coup je n’ai pas de haters sur mon feed, car je filtre les personnes qui s’y abonnent. C’est un petit plus de connaître les gens qui me suivent. Est-ce que cela pourrait m’affecter si un hater venait déverser sa haine sur mon feed ? Franchement, ça m’énerverait  pas mal sur le coup. Je suis sanguine, mais je n’en serais pas affectée pour autant.

Je sais qui je suis, je connais ma valeur et mes forces, mes faiblesses aussi. Alors ce que les gens pensent de moi m’indiffère au plus haut point. Je n’ai pas besoin d’être validée par 100 000 personnes pour me sentir bien, ou me sentir moi ! Vraiment cela ne me coule même pas dessus. J’ai même beaucoup de tristesse pour ces personnes méchantes qui médisent, déversant leur haine et leur mal-être, gratuitement, bien cachées derrière leur écran. Je les encouragerais même car cela me donnerait plus de force et plus de visibilité !

Un diamant, plus il est taillé, plus il brille !

AW : Tu déclares en descriptif de l’une de tes story que tu crois en toi ! Pour les lecteurs, qu’elle est la recette miracle ?

LI : Je crois honnêtement qu’il n’y a pas de recette miracle pour croire en soi. Cela se travaille tous les jours. La confiance en soi, et l’estime de soi se construisent dans un cadre bienveillant. Ce cadre ça peut être la famille, le conjoint, les amis, et avant tout soi-même. Croire en soi c’est comment on va interagir avec notre Moi, dans la bienveillance qu’on mérite.

C’est aussi commencer par se débarrasser de toutes les personnes toxiques qui gravitent autour de vous, celles qui vous disent que vous n’arriverez jamais à rien, car vous n’êtes pas assez comme si ou comme ça. Celles qui vous dévalorisent, et qui vous tiennent en leur pouvoir de dépendance.

C’est ensuite un travail avec soi-même : comment tu te regardes dans le miroir, comment tu te perçois quand tu te touches pour te passer de la crème par exemple.  C’est se sourire, s’écouter, prendre soin de soi, faire la paix avec soi-même et se pardonner, c’est affirmer qu’on mérite ce qu’il y a de mieux. Egalement reconnaitre sa valeur dans son entièreté, tout en arrêtant de se comparer aux autres. Croire en soi c’est un travail de longue haleine, et pour certains, comme pour moi, ça va plus vite que pour d’autres. Le maitre-mot c’est persévérer, vous en valez la peine !

Lila @_xxelles_69 : Size acceptance & Collectif

A Woman (AW) : Le terme « gros » a-t-il selon toi une connotation grossophobe ou une simple manière d’appeler un « chat un chat » ?

Lila @_xxelles_69 (LI) : Si j’ouvre un dictionnaire, le Robert par exemple (oui je sais je suis assez oldschool) je trouve pour le mot gros, sur la première ligne :

Gros : adjectif

  1. 1. Qui, dans son genre, dépasse la mesure ordinaire.

Un gros nuage.

Synonymes : grand, énorme

  1. 2 PERSONNE qui est plus large et plus gras que la moyenne.

Il est gros et gras ; petit et gros.

Synonymes : corpulent, empâté, gras, replet, ventripotent

N’ayons pas peur d’appeler un chat un chat !

« 15% de Français en surpoids subissent la grossophobie au quotidien. »

AW : Selon toi, pourquoi être gros est-il si mal vu en France, contrairement à d’autres pays ?

Lila @_xxelles_69  : Les moqueries et la stigmatisation du surpoids c’est de la grossophobie. C’est Anne Zamberlan, qui a utilisé ce mot pour la première fois,  dans son livre « Coup de gueule contre la grossophobie » paru en 1994.

Aujourd’hui on estime que 15% de Français en surpoids subissent la grossophobie au quotidien. La grossophobie, c’est du racisme totalement inacceptable mais tellement légitimé par les médias.

En effet, dans les films le gros c’est souvent le méchant, l’abruti ou le fainéant, celui qui ne sait se contrôler et qui cède à la gourmandise, les clichés habituels. Pourquoi être gros est si mal vu ?  Peut-être parce que la grossophobie est présente partout, dans toutes les couches de la société. Elle est systématisée par des injonctions de minceur et de jeunesse, qu’on nous inculque dès l’enfance.

Et c’est tellement ancré dans les cerveaux que les gens sont persuadés que perdre du poids n’est qu’une question de volonté, et que la personne grosse l’est par sa faute et son manque de contrôle, ce qui est totalement faux ! Mais cela suffit pour que ces clichés deviennent des croyances, et que les gens s’improvisent, pour notre bien, diététiciens, coach sportif, ou conseiller Sécu. On sait tous que les gros ça coute cher !

Dans le milieu soignant, les médecins, quelle que soit leur spécialité, font aussi preuve de mépris et ramènent souvent toutes les pathologies au surpoids, sans véritables connaissances sur le sujet. Je ne vous parle même pas du parcours du combattant lorsque que l’on est une femme grosse, avec un désir de grossesse et qu’on doit avoir recours à la PMA ! Bref.

Honnêtement, je ne suis pas sûre qu’ailleurs ce soit mieux. Il y a encore certaines cultures qui valorisent les rondeurs chez la femme, comme en Mauritanie, mais elles restent marginales. En Kabylie, en 2019, par exemple, j’étais la seule femme grosse du village, impensable il y a encore 50 ans. L’européanisation et ses injonctions ont déjà gagné beaucoup de terrain.

« Déborder c’est donc dire non aux standards qu’on nous impose, non aux diktats. »

AW : Tu cites : « Déborder c’est un acte de rébellion ». Contre qui ? Contre quoi ?

Lila @_xxelles_69  : Déborder de son pantalon c’est refuser les injonctions qui nous lavent le cerveau a longueur de journée. A la télé, dans les magazines, ce sont de très jeunes mannequins taille 34 qui sont censées représenter la femme lambda ou la femme post-partum avec le ventre bien plat et sans vergetures. Un non sens. Déborder c’est donc dire non aux standards qu’on nous impose, non aux diktats.

Moi, je veux aller de l’avant, valoriser mes différences, cultiver ma singularité. Et oui c’est un acte de rébellion dans une société qui nous force à nous ranger dans des cases. Eh bien moi je ne rentre la dans la case, je déborde !

AW : Te considères-tu comme « Influenceuse » ou autre position ? As-tu le sentiment d’impacter ou aider des gens à travers les réseaux sociaux ?

LI : Si on se réfère à la définition du mot influenceur (Personne qui influence l’opinion, la consommation par son audience sur les réseaux sociaux) je dirais que non. Je ne suis pas présente sur les réseaux sociaux pour influencer qui que ce soit. Je suis là pour donner ma vision du monde et de la grossititude. Partager ma vérité et mes croyances. Je préfère donner à réfléchir plutôt que d’influencer. Pour moi, il y a dans ce mot une connotation péjorative. Quand on dit, par exemple, que quelqu’un se laisse influencer ce n’est jamais dans le bon sens.

Je ne suis pas là non plus pour faire du placement de produits. Les vêtements que je mets en scène dans mes looks sont toujours ceux de ma garde-robe. Je ne suis pas sponsorisée par une marque quelconque, je porte la mode que j’achète et qui me plaît, sans contrainte aucune.

De plus, je vais volontiers faire des vides-dressing ou des bourses aux vêtements pour trouver de quoi me renouveler, à petits prix.  Quand je cite des marques c’est surtout pour partager des bons plans. Et comme je n’ai qu’une audience insignifiante, c’est avec le poids de mon amitié que je viens partager des infos ou des photos avec les personnes qui me suivent.

Pour plus de justesse, je dirais que je suis une activiste ! Une FatActivist, une activiste de la grossitude, même si je perds en français le côté punchy du terme anglais.

« J’ai une reconnaissance absolue pour cette femme, mon mentor, qui m’a donné le goût de la scène »

AW : Anne Zamberlan (Team AZ) : Une égérie, une icône ?

Lila @_xxelles_69  : une Icone bien sûr !

J’ai eu la chance de rencontrer cette femme grâce à ma sœur qui avait un ami pigiste qui écrivait un article sur Anne Zamberlan. Autant vous dire que je ne savais même pas qui c’était. On m’avait juste rapporté qu’elle recherchait des femmes de la rue pour participer à un défilé de mode grande taille. Le hasard fait bien les choses.

Je me souviendrais toujours de ce premier rendez-vous, dans un troquet tout près du Forum des Halles. J’avais 19 ans. Elle était là, elle était belle, le soleil faisait flamboyer sa chevelure rousse et j’ai eu un gros coup de foudre pour cette grosse dame en tee-shirt blanc. Elle était passée, la veille, dans une émission de télé animée par Patrick Sabatier. Je me revois, chez moi, assise devant la télé, les doigts sur les boutons du magnétoscope pour enregistrer et immortaliser le moment où la grosse dame rousse allait intervenir. Et quand elle est apparue dans sa robe oversize dorée, resserrée sur le bas, je me suis exclamée : « Oh ! On dirait un bonbon ! » C’est avec elle que je vais travailler ! J’étais si fière !

Je peux dire aujourd’hui que cette rencontre a changé ma vie. Anne m’a dit un jour de ne pas avoir peur d’être qui je suis. Souriante, en me tendant une boite de chocolats, elle a aussi rajouté que je ne devais pas avoir peur des réactions que je pouvais susciter. C’était la boite de chocolats d’un admirateur allemand, qui m’avait trouvé charmante sur la photo de William Klein « Club Allegro Fortissimo », c’était en 1990.

Lila-@_xxelles_69

J’ai passé dix merveilleuses années, j’étais l’un des piliers de cette troupe extraordinaire, avec Aline et Isabelle. Anne me savait toujours partante pour des projets-défis, comme danser dans le clip vidéo de Carole Laure « mirage gheisho », tourner dans une publicité réalisée par Jean-Pierre Mocky, répondre à une interview pour le magazine Marie-Claire, partir à l’autre bout du monde pour participer à un défilé de mode. Et elle avait totalement raison de me faire confiance, j’étais douée.

©GrossoModo

Partout où nous allions, sur un plateau télé ou autre, nous suscitions beaucoup de curiosité et de sympathie et les gens abandonnaient très vite leurs à priori quand ils nous voyaient performer. Pendant dix ans, on voyait un peu plus de grosses dans l’univers médiatique, et cela faisait du bien au Monde.

J’ai une reconnaissance absolue pour cette femme, mon mentor, qui m’a donné le goût de la scène. Je ne sais pas encore comment, où et quand mais je sais que ma place est sur les planches, illuminée par les projecteurs. Et comme Dalida, moi je veux mourir sur scène…

 

AW : Quel est ce collectif « xxelles » ? Tu t’y définis comme « Funthérapiste ». Peux-tu nous en dire plus ?

Lila @_xxelles_69 : Apres le décès d’Anne, en avril 1999, tout mon monde s’est effondré. C’est aussi l’année où j’ai rencontré mon conjoint. En 2002/2003 je suis partie faire une formation professionnelle d’infographiste,  pendant un an en province. Cette coupure m’a été bénéfique. Après l’obtention de ma certification, j’ai suivi mon conjoint à Lyon où nous nous sommes installés. C’est là qu’a germé l’idée de créer un groupe un peu similaire à la compagnie Anne Zamberland à Lyon. En 2003, mon conjoint et moi avons commencé par développer un site internet avec un forum dédié aux femmes rondes ainsi qu’a ceux qui les apprécient. À l’époque Paris avait déjà des sites dédiés comme pulpeclub.com, rondeetjolie.com ou encore AllegroFortisdimo. À Lyon nous étions la référence « Size Acceptance ».

Pour « XXelles, un point c’est tout ! » nous avons choisi la forme du collectif participatif plutôt qu’un statut d’association trop lourd à gérer. Les personnes pouvaient donc aller et venir à leur guise. Le forum était un lieu virtuel qui rassemblait pas mal personnes venues de tous les horizons (Lyon et banlieues, Suisse, Paris). Forts de ce succès nous avons très vite organisé notre première soirée dansante, et ce fut une réussite. Plus d’une vingtaine de personnes ont répondues présent pour cet événement. Et puis, il y en a eu d’autres. Notre créneau c’était vraiment le festif et pas les rencontres amoureuses.

Si les gens se rencontraient grâce à nos soirées tant mieux, mais ce n’était pas du tout l’orientation que nous souhaitions donner à nos soirées. Il y a eu aussi des soirées « karaoké ». Puis au hasard des rencontres, Abel Maxwell, un jeune chef de chœur gospel est arrivé sur mon chemin.

On a pu proposer ainsi un cours à nos abonnés, puis également de la danse orientale. D’autres sites dédiés sont apparus sur Lyon, plus axés photographie. Nous avons surfés sur cette vague en proposant des shooting photos que je réalisais. Et tous les ans nous sortions notre calendrier femmes rondes avec des thèmes un peu décalés, ce qui nous ressemblait bien.

Dix-neuf ans plus tard, le groupe existe toujours sur FB (@xxellesunpointcesttout). Il y une quarantaine de membres inscrits. Quelques-uns sont devenus des amis très proches, les autres gravitent tels des satellites. Ce qui nous frappe, néanmoins aujourd’hui, c’est le peu d’interactions, le peu d’implications des membres, lorsque nous proposons une B. A.V (bourse aux vêtements), par exemple, nous nous retrouvons à 2 ou 3 participantes. 

C’est très démotivant pour les filles qui viennent, même si nous passons un bon moment. Bien sûr, il y a de l’essoufflement, mais je crois aussi que les gens n’ont plus besoin d’être porté ou soutenu, comme avant, même si la grossophobie est toujours d’actualité. Nous étions et sommes toujours, mon compagnon et moi, des militants de la Size Acceptance plutôt que du BodyPositive, qui est le mot à la mode.

L’action militante est tombée en désuétude ou pire, est vidée de sa substance. Tant que les gens trouvent de quoi s’habiller, et qu’ils peuvent vivre et évoluer dans l’espace public à peu près correctement, ils se fichent pas mal de savoir quelles luttes leur ont permis d’en arriver là.

La Covid, enfin, a eu raison des dernières bonnes volontés. Ce virus a contribué à enfermer les gens dans des bulles. Ils sont redevenus des individualités isolées ce qui est bien dommageable pour l’esprit de groupe.

La « Funtherapie », c’est un mot que j’ai inventé dans les débuts de XXelles, parce qu’il résumait bien mon rôle au sein de ce collectif. Nous avons abordé des thématiques telles que l’estime de soi au travers de la photo, proposé des ateliers maquillage et mise en beauté avant une soirée resto pour travailler la confiance soi. Nous avons animé des ateliers cuisine pour dédramatiser la nourriture et la partager, chacun cuisinant sa spécialité. Le regard sur soi, le bien-être, le sport on en parlait aussi quand on organisait une sortie piscine, ou sur un atelier danse. Nous avons travaillé toutes ces thématiques de façon ludique, sans mettre forcément des mots sur ce que nous faisions. Les retours étaient très positifs, c’était notre carburant pour avancer et proposer de nouvelles activités.

AW : Projet 2.0. Peux-tu nous décrire cette action ? Par ailleurs, sur ta photo dédiée tu inscris « impertinente ». Est-ce impertinent « d’être tout simplement » qui nous sommes de nos jours ?

Lila @_xxelles_69 : Ce projet remonte à 2013, en fait. Il y a déjà eu un « Je suis » 1.0 avec la team de XXelles.

Le concept ? 

Photographier des femmes rondes, et voir au-delà de leur corps gironds. Que reste t-il une fois qu’on a passé la barrière de la chair ? Que nous disent-elles d’elles-mêmes ? Curieusement le mot « grosse » n’est apparu dans aucune des 2 sessions. Cela vous étonne ? Pas moi, parce que nous sommes tellement plus que cela !

Oui bien sûr que c’est impertinent d’Être tout simplement, puisque la société voudrait que je disparaisse car je suis le grain de sable dans sa machine à standardisation. J’ai l’impertinence d’aimer ce que je suis, de m’aimer comme je suis, et c’est ma liberté de choquer. Il a quelques années Paris Match utilisait le slogan suivant et je le reprends à mon compte pour résumer ce que je suis en 8 mots : « Le poids des mots, le choc des photos ».

AW : Quels sont tes objectifs à moyen/court terme ? (Perso, pro, engagements…)

LI: Au niveau perso, je vais faire plus attention à mon dos et prendre beaucoup plus soin de moi. Je mérite de m’attarder encore plus sur moi, sur mes besoins et mes envies.

Au niveau professionnel je réfléchis à prendre des cours de couture. J’essaie aussi de me mettre en lien avec plus de photographes pour développer ma visibilité.

Pour ce qui est de l’engagement je dirais simplement que je m’engage à rester moi-même quoi qu’il arrive.

AW : Pour conclure, quel message souhaites-tu porter auprès des personnes qui te suivent ?

LI : Qui m’aime me suive…

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